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L'image apparut dans mon esprit, celle du croquis de Léonard de Vinci, connu sous le nom de l'homme de Vitruve, les proportions idéales et parfaites du corps humain. Un homme nu, bras et jambes écartés, inscrit dans un cercle et dans un carré, le symbole de l'Humanisme de la Renaissance, représentant l'homme au centre de l'Univers et la mesure de toute chose. Et soudain, j'eus l'intuition que c'était ce même rapport, cette proportion idéale qui existait entre le sexe de Léon et le visage de Lætitia. Il fallait à ma femme un pénis à la taille de son visage. Maintenant je comprends. Mais oui ! Moi aussi, soudain je comprenais ! Ces trois mots de son carnet qui m'avaient tant mortifié, je les découvrais sous leur jour véritable. J'avais suivi une fausse piste en cherchant à identifier une compréhension rationnelle d'un phénomène physiologique, le deep spot, ou autres théories glanées sur internet, alors que c'était en réalité une compréhension intuitive, incapable de s'exprimer par des mots, le nombre d'or de sa sexualité. Cette proportion, cette échelle de un entre le pénis de son amant et son visage était aussi émouvante pour elle que la sensation que l'on éprouve en entrant dans une cathédrale gothique, la hauteur de la nef centrale qui coupe le souffle, la disproportion volontaire entre cette hauteur et la largeur de la nef qui a pour effet de mettre le fidèle en état de fascination et d'extase. On ne rentre pas dans une cathédrale, c'est la cathédrale furieusement qui se projette dans notre chair. Le plaisir de Lætitia était d'un autre ordre que celui mécanique, bestial dans lequel je la croyais enfermée. C'était un plaisir esthétique, sacré. Ce n'est pas la femme qui est une cathédrale. Le vagin n'est pas une nef. C'est l'inverse. Un pénis agit pour une femme comme une cathédrale en miniature. Oh ! Mon Dieu, était-ce possible ? Je le ressentais maintenant en moi son plaisir à être pénétrée par un sexe à la dimension parfaite. Je me représentais cette extase de façon si réaliste et si simple à la fois, le pénis venant combler la cavité qui s'était ouverte dans mon esprit, la remplir si parfaitement, et entamant un mouvement de va-et-vient, que j'en tremblais de joie. J'étais au bord des larmes. J'avais la peau de Lætitia contre ma bouche et je la léchais comme un chien. J'étais homme et femme en même temps, capable de donner et recevoir les deux plaisirs simultanément. J'allais être la personne la plus comblée que la terre ait portée.

Raphaël Rupert / Anatomie de l’amant de ma femme / Éditions de l’Arbre vengeur / 2018.