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Récit #3 / à a.s.h.

C’est à lui qu’enfant j’allais confier mes forfaits. Mère était rude. Père souvent absent. Or, un jour que je marchais dans le champ labouré d’André, à la recherche de fragments archéologiques — il en remontait chaque année après le passage du tracteur : morceaux de poteries, pièces ou débris de verre soufflé — je le découvris, allongé, la joue prise dans les mottes. Immobile comme il était, l’œil grand ouvert figé dans le vide, je l’avais d’abord cru mort. Jamais vu cet homme au pays. Alors je l’avais observé de pied en cap, frais rasé du matin, dans son blouson et ses mocassins trop propres pour l’avoir porté jusque-là, oreille et ventre à terre comme s’il avait écouté battre le noyau terrestre. La première fois, je n’avais pas osé lui parler mais, revenu dès le lendemain, puis les jours suivants, je l’avais peu à peu apprivoisé, comprenant à force de pénétrer son regard, que son œil valait bien une bouche avec laquelle j’eusse pu converser, que cet écarquillement fixe m’écouterait sans me juger, suffisamment grand pour recueillir mes fautes. Parfois, lorsque au matin le soleil le frappait de face, je m’approchais tout près de lui, cherchant à mesurer la profondeur de son œil mais la lumière s’évanouissait dans sa prunelle comme en eau profonde. Jamais dans le miroir n’avais-je perçu pareille étendue dans mon propre regard. Dans nulle autre d’ailleurs. Parfois, je retrouvais l’homme trempé par la pluie; et d’autres fois, seule son oreille qui formait une petite cuvette d’eau, suggérait quelles intempéries il avait essuyées pendant la nuit, car déjà ses cheveux secs frissonnaient dans le vent, impatients de m’écouter.

Récit : membrane

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