À force de massacrer les ennemis qui restaient collés aux ténèbres, comme des lentes aux coutures d’une chemise, j’ai progressivement retrouvé mon calme. J’ai même regretté d’avoir blessé ma sœur. Si jamais elle perdait la vue, je devrais sacrifier mon propre œil, pour permettre une greffe de la cornée. Je devrais payer pour mon crime. Celui qui de sa propre chair et de son propre sang ne rachète pas son fofait est un lâche et un minable. Je ne suis pas de ceux qui renâclent devant le prix à payer !
J’ai remis le poignard dans son fourreau de bois brut et l’ai rangé dans le tiroir. Je me suis déshabillé à l’aveuglette et me suis allongé sur ma couche ; Je restais sur le dos, les yeux ouverts dans le noir et les oreilles aux aguets. J’ai eu l’impression que d’innombrables voix et figures de démons m’envahissaient. C’était comme si j’étais au fond d’un mortier, exposant ma piteuse nudité à leurs attaques déchaînées.
| — | Kenzaburô Ôé / “Seventeen” / Le faste des morts / 1957. |
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