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EN MÉMOIRE DE JACQUES DUPIN

En mémoire de Jacques Dupin, cet immense poète que j’admirais, cet extrait sur lequel je tombe par hasard en ouvrant l’un de ses recueils, et qui tombe bien :

“cet homme, quelque part, —soulevé de terre, détaché du souffle —

cet être exsangue et désarticulé, dont je guide la descente oblique dans les plis d’un langage gluant et maculé de sperme, de sang, d’excréments — à peine a-t-il souffert, à

peine a-t-il su qu’il aurait pu vivre…

est-il mort, souffre-t-il?
— soupçonne-t-il, dans sa migration, son détournement infini, ce que l’écriture endure à sa place, —

ce qu’elle endure, en nulle place, d’irréparable, jusque dans le soleil — et que tout ce qui la détruit la fait vivre —

en érection, en insurrection, offerte, déchirée — et desserre nos dents comme une envie de mordre ou de vomir…”

Jacques Dupin / Extrait de “Un récit” / Le Corps clairvoyant / Poésie Gallimard.
  1. membrane a publié ce billet
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