La mer ce jour-là variait un pelage de cheval.
Florian avait aidé Susanna à se lever, ils étaient tous deux appuyés au bastingage et regardaient en silence l’eau transparente. Des bouts de bois flottaient à la dérive portant avec eux des coquillages incrustés, moules et anatifes. Quelques ombres de poissons se faufilaient en dansant sous les vagues aux lourds mouvements de croupe.
— Tu crois que c’est profond ?
— Je ne sais pas, cent mètres, mille mètres ou dix mille comme dans les fosses océaniques où vivent des poissons archaïques.
— Des poissons archaïques ?
— Des poissons à tête de monstre, à ce qu’on dit…
Téléostéens, cyclostomes, sélaciens où l’on classe le requin… De belles têtes monstrueuses qu’on n’ose pas montrer à l’étal des marchés, avec les yeux dessus, la bouche renflée en une seule ventouse ou le ventre sans brouaille, la queue comme une branche recouverte de givre, les nageoires dorsales comme une épine ou un dard venimeux, sans compter les poissons au squelette cartilagineux ou plus ou moins ossifié, possédant une fente operculée de chaque côté de la tête, une vessie natatoire, une queue à lobes très inégaux, ainsi que sont les ganoïdes qu’on avait oublié.
| — | Joël Roussiez / Un paquebot magnifique / La rumeur libre / 2011 |
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