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ARNOLD SCHMIDT / 111 / HARPO & / 2007

Croyant avoir acheté hier un livre d’Arno Schmidt, je découvre de retour à la maison qu’il s’agissait d’un recueil d’Arnold Schmidt. Pris dans la cohue de Noël et abusé par la proximité des noms — Ah! l’empressement, la distraction ! — je me trouve plus encore confondu lorsqu’ouvrant ce recueil, je lis en première page : “Je suis tous les Arnold, et aussi Mme Arnold.” Reprenant à mon compte l’aphorisme de Michaux “Qui cache son fou meurt sans voix”, je me suis donc laissé bercer par les textes brefs et déconcertants de ce patient schizophrène de l’hôpital Gugging où il vit encore aujourd’hui.

Né en 1959 en Autriche, Arnold Schmidt suit un traitement psychiatrique depuis sa jeunesse. En raison de ses talents artistiques, il fut invité en 1986 à la “Maison des artistes” de cet institut. Ces textes datent du milieu des années 80, Arnold les a dictés à Otmar Schmid qui animait une sorte de café culturel.

De son “lit fissuré”, Arnold décline de page en page sa propre schize identitaire qui le pousse à endosser tour à tour les rôles de son père ou de Bruce Lee, lorsqu’il ne se prend pas pour son propre médecin. Des confusion constantes entre la veille et le sommeil, la raison et le délire. Il parle de son corps fracturé, de cette vie double qui le hante : “Mon deuxième corps roule en mobylette. Le corps conscient est à Gugging, l’autre roule en Mobylette. ” “Que se passerait-il si l’autre était ici également ? ” “C’est impossible, ce serait un accident, un accident, ce serait.” Et les pulsions assassines prennent tantôt le dessus :  “Les homicides, je les ai tous déjà commis. Personne ne m’a attrapé. Aujourd’hui nouvel homicide à l’entreprise. Je vais manger, je fais la pause et je retourne assassiner comme il me plaît.”

Et puis, comme souvent chez les fous, surgissent des foudres poétiques : “Les jours, la nuit bleue et la nuit noire, le jour et le jour blanc, le dimanche noir. / Le dimanche, les jours d’école, la sainte menthe.”

“Le premier baiser, pour une femme, a le goût d’une balle dans la tête.”

“Maintenant je dors, la nuit je suis réveillé, maintenant je dors. Je n’ai peur que de moi-même, parce que je suis moi-même le loup-garou, parce que je me déchire moi-même.”

Romain Verger

Arnold Schmidt / 111 / Harpo & / 2007 / Trad. : Hugo Hengl
Photographie : Otto Muehl / Grimuid / 1967.